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La violence conjugale a longtemps été un drame auquel la société restait indifférente sous prétexte qu’il appartenait au domaine de la vie privée. Issu du mouvement féministe, le Collectif contre les Violences familiales et l'Exclusion (CVFE) a contribué de manière significative à lever le tabou qui pesait sur la violence entre partenaires. Aider les femmes à échapper à la violence conjugale, les soutenir dans leur combat pour être respectées, pour défendre leurs droits et renforcer leur estime d’elles-mêmes : telle est la raison d'être du Collectif.

C’est le mouvement féministe qui a été le premier à dénoncer publiquement la violence conjugale. Le « Tribunal international des crimes commis contre les femmes » qui s’est déroulé à Bruxelles en mars 1976, a contribué de manière importante à faire sortir le drame des femmes battues de l’indifférence qui l’entourait jusque-là.

Dans la foulée, des militantes féministes créèrent un peu partout des refuges pour accueillir les femmes victimes de violence conjugale. Des cinq associations fondées en Belgique francophone à la fin des années 70, trois subsistent aujourd’hui : une à Liège, une à La Louvière et une à Bruxelles. En 1987, elles ont constitué une fédération : la COVIF (Coordination des Groupes contre les violences faites aux femmes).

Des débuts militants

En 1978, le CVFE a ouvert à Liège son refuge pour les femmes battues. Au départ, l’association regroupait une poignée de militantes qui accueillaient bénévolement les femmes victimes de violence conjugale.

Progressivement, le CVFE s’est professionnalisé : refuge plus confortable, engagement de personnel compétent, reconnaissance par les pouvoirs publics. En 1983, l’association a été reconnue comme organisation d’éducation permanente. Cette reconnaissance est très significative. Le Collectif ne veut pas seulement venir en aide aux femmes en difficulté, il veut aussi sensibiliser le grand public, le monde politique et les pouvoirs publics aux drames engendrés quotidiennement par la violence au sein du couple et promouvoir des relations plus égalitaires.

Il veut également faire reconnaître que la violence conjugale, par son ampleur et sa répétition, fait partie des violences de genre et contribue à maintenir des rapports de domination entre les femmes et les hommes.

Un lieu de formation pour les femmes

Dans les années 90, conscient qu’un des éléments-clés de l’émancipation des femmes réside dans l’indépendance financière, le CVFE a ouvert un centre de formation à leur intention : le Service d’Orientation et de Formation pour les Femmes à la recherche d’un Travail (SOFFT).

Les enjeux de la formation destinée aux femmes sont considérables. Il s’agit d’abord de leur permettre d’échapper à la précarité et d’accéder à l’indépendance financière par le choix d’un travail qui leur assure un meilleur statut social. Il s’agit également de leur fournir des outils intellectuels et matériels pour vivre de manière autonome, exercer un métier qui leur plaît et ne pas être victimes de la fracture numérique à l’ère des nouvelles technologies.

Dénoncer la violence conjugale

Le CVFE, comme les autres mouvements de femmes, a joué un rôle de pionnier pour faire reconnaître la violence conjugale comme un fléau social qu’il importe de combattre. Depuis 2001, le gouvernement fédéral a mis en place des Plans d’action contre la violence conjugale. En 2005, ce fut au tour du gouvernement wallon de mettre en œuvre un dispositif de lutte contre les violences conjugales.

La circulaire « Tolérance zéro » concernant les actes de violence conjugale, a été instaurée par la Procureur du Roi de Liège, Mme Bourguignont, en 2004 : elle inaugurait une nouvelle politique criminelle en matière de lutte contre les violences au sein du couple. Cette circulaire a fait école : en 2006, elle a été étendue à l’ensemble des Parquets du pays à l’initiative de la Ministre de la justice et du Collège des procureurs généraux (circulaire COL4).

Depuis 2009, deux « Pôles de ressources en violences conjugales et intra-familiales » ont vu le jour avec l’appui du gouvernement wallon : ils regroupent le CVFE et Praxis à Liège et Solidarité femmes et refuge pour femmes battues (La Louvière) et Praxis dans le Hainaut. Ces Pôles de ressources proposent des séances de sensibilisation et des formations aux professionnels qui sont en contact avec des faits de violence intra-familiale dans l’exercice de leur profession.

Depuis toujours, le CVFE a accompagné son travail de terrain d’une démarche de réflexion et de communication. Celle-ci se concrétise à travers des analyses en ligne et une collection d’études et de recherches.