#BeFairEU  « Sois juste, l’Europe – Défends les sans-abris » 

Presque partout en Europe, les conditions de logement se dégradent et augmentent la précarité d’existence ou l’itinérance des personnes vulnérables, constatent la Feantsa et la Fondation Abbé Pierre dans leur enquête 2017 :  2ème regard sur le mal-logement en Europe

La Belgique n’échappe pas à cette évolution négative. Même si ses résultats calculés en moyenne ne sont pas les plus mauvais, ce sont les inégalités de situation au sein de la population qui sont alarmantes :

-          Le ‘taux d’effort excessif’ en matière de logement touche 42,6% des ménages pauvres. 12,5% de ménages pauvres peinent à payer leur loyer ou à rembourser leur emprunt hypothécaire. Les charges énergétiques grèvent terriblement le budget des ménages pauvres, dont le logement n’est pas assez chauffé.

-          C’est surtout les ressortissant.es de pays hors union européenne qui sont les plus nombreux à être contraint.es d’occuper un logement trop cher ou surpeuplé.

 

Parmi les ménages les plus pauvres, les familles monoparentales

qui ont charge d’enfants et un seul revenu. Ces ménages sont fortement impactés par le taux d'effort excessif, le surpeuplement et l’indignité du logement, cela se confirme dans tous les pays d’Europe.

Témoignage en vidéo de Madame S. qui a été aidée dans son parcours par le CVFE

 

La situation des jeunes est extrêmement alarmante

dans tous les pays de l'UE : les jeunes sont plus vulnérables aux prix prohibitifs du logement, à la suroccupation et à la privation sévère liée au logement que le reste de la population. Les prix du logement deviennent insoutenables pour les jeunes dans toute l'Europe.

Cliquer ici pour voir toutes les vidéos de la campagne.

 

« Les personnes situées sous le seuil de pauvreté sont mises à rude épreuve sur les marchés du logement: de plus en plus acculées sur un marché locatif libre dynamisé par le manque systématique de logements abordables, elles voient leur sécurité financière et leur bien-être mis en danger par des dépenses liées au logement qui pèsent de plus en plus lourd et atomisent leur budget. Les segments les plus vulnérables de la population sont ignorés et laissés sans solutions. Une part importante des jeunes sont sacrifiés, les familles souvent précarisées, les migrants stigmatisés. Le nombre d’expulsions a explosé dans certains pays suite à la crise des subprimes de 2008, l’expulsion en elle-même étant toujours à la fois vécue comme une violence traumatisante pour ses victimes, à la fois expliquée par les juristes et défendue comme un mal nécessaire par les propriétaires. La situation dramatique de la Grèce affiche l’aspect le plus violent de cette crise qui n’en finit pas. 2017 marque le septième anniversaire du premier Memorandum of Understanding signé entre la Troïka et la Grèce, qui a amorcé des séries de politiques d’austérité dont les résultats sociaux sont entre autres visibles dans ce rapport.

(…) Ce rapport est un signal d’alarme. Dans la quasi-totalité des pays européens, des augmentations du nombre de personnes sans-domiciles sont constatées sur le court et le long-terme,

(…) Ce rapport est un appel à l’action.  D’abord pour attirer l’attention des décideurs européens sur le fait qu’il n’y a pas de « relance économique » possible sans relance sociale, et que le secteur du logement est au cœur de cet enjeu. (…) des incitations européennes claires donneraient une impulsion bien plus importante à ces solutions qui existent et qui méritent d’être mises en avant»

 

 

Par Anne Delepine
Date: 04/04/2017 à 14:50

La Culture du Viol ou Rape Culture, c’est l’ensemble de ces comportements qui banalisent le viol, le considère comme une fatalité si l’on n’a pas respecté les règles. 

Si les femmes n’ont pas suivi le code de « bonne conduite » qui leur explique ce qu’elles doivent faire ou ne pas faire, quoi porter ou non, quoi dire ou pas, à quelle heure sortir ou non…Affiche Nique ta culture du viol

La liste est longue et bien énervante !

Et comme nous en avons jusque là de toutes ces injonctions injustes, écrasons ces codes !

Bienvenues donc au premier chapitre d’une grande aventure qui s’annonce pleine de rebondissements, de surprises, d’échanges, de rencontres

et de ré-appropriation de savoirs, de techniques et d’espaces !

Les ateliers et étapes de réflexions se déroulent en non-mixitée choisie ; bienvenue donc à toute personne s’identifiant comme femme.

Pas de panique pour les autres, les chapitres d’actions, quant à eux, seront ouvert à toutes et tous.

PROGRAMME : Accueil à partir de 10h30 (Barricade, rue Pierreuse, 21 - tél. 04 222 06 22) - entrée gratuite

11h-12h : Choix entre 2 ateliers

1) Le pouvoir des mots / Les maux du pouvoir

2) Culture du viol en image : décryptage des publicités qui nous entourent

12h30 Dîner - amener son lunch. Une commande groupée de sandwichs sera possible...

13h30-15h : Choix entre 2 ateliers

3) Répondre aux harcèlements sexuels : jeux de rôles et riposte verbale

2) Culture du viol...Bingo! Recension des comportements puants, avec du jeu et du second degré dedans

15h30-16h30 : Goûter et mise en commun (plénière)

ORGANISATION : Le CVFE & BARRICADE-LIBRAIRIE ENTRETEMPS

https://www.facebook.com/events/783228295179818/

Par Anne Delepine
Date: 31/03/2017 à 15:07

Qu’arriverait-il si toutes les femmes battues se faisaient justice elles-mêmes ?     

Cette fausse crainte  a fait surgir un débat en France au moment de la condamnation de Jacqueline Sauvage et de la grâce présidentielle qui lui a été accordée fin 2016. 

Un projet de loi sur  la légitime défense différée dans les situations de violence conjugale  a été proposé.  Il s’appuie sur le syndrome de la femme battue, état psychologique lié à la répétition des violences, qui devrait être attesté par une expertise psychiatrique. Souvent cité en référence dans les médias français, le droit canadien propose tout autre chose, qui tient compte du risque que le syndrome de la femme battue, lorsqu’il est invoqué comme preuve, soit présenté comme une forme de désordre psychologique et ne puisse pas servir de preuve pour des femmes qui ne correspondent pas à ce stéréotype.

Comparer la proposition de loi française aux dispositions contenues dans le droit canadien est éclairant. On évitera ainsi de tomber dans une ornière en opposant des slogans rudimentaires qui qualifient la légitime défense différée de ‘permis de survivre’ ou de ‘permis de tuer’.

Lire notre analyse à ce sujet .

 Sans oublier que, parmi les homicides conjugaux, les femmes tuées par un partenaire violent sont beaucoup plus nombreuses que les hommes tués par leur conjointe. 

C’est l’occasion de rappeler  l'existence d'un blog qui recense les féminicides en Belgique.

Ce blog, mis en ligne pour pallier l'insuffisance des mesures politiques et l'invisibilité des homicides conjugaux, est l'initiative d'une plateforme à laquelle participe le CVFE

Depuis le début de cette année, 8 décès de femmes victimes des coups de leur partenaire y ont été recensés. C'est énorme.

 

 

Par Anne Delepine
Date: 28/03/2017 à 23:45

Ce mercredi 1er mars, le groupe SudPresse a publié dans ses pages « Actu » un article intitulé : « Violences sexuelles : les femmes pas si innocentes que cela ! ». Sur la forme comme sur le fond, il s’agit d’un condensé de ce qu’un quotidien peut produire de plus nauséabond en matière de sexisme racoleur.

À l'heure où la lutte pour les droits des femmes et contre les violences qui leur sont faites mobilise les foules un peu partout dans le monde (Million Women March aux États-Unis, « Ni Una Menos » en Argentine, mouvement contre la législation de la violence domestique en Russie,...), à l'heure où un nombre croissant d'individus semble enfin prendre conscience que ces violences forment le ciment de l'édifice patriarcal et rêvent d'une société plus juste, il est effarant de voir que certains médias usent délibérément de tactiques – déresponsabilisation des auteurs, culpabilisation des victimes, euphémisme, banalisation – qui contribuent à invisibiliser et légitimer ces violences et à occulter leur fonction sociale, tout en donnant du grain à moudre au discours masculiniste.

Arrêtons-nous d’abord sur l’article en question, avant d’imaginer ensuite quelles actions pourraient être menées afin de dénoncer et combattre de telles pratiques journalistiques.

 

  • L’article

*Son titre est, à l’image de la photo qui le jouxte, à la fois tape à l’œil et ambigu en annonçant que les femmes sont elles aussi responsables de violences sexuelles. Car de quelles violences sexuelles est-il question, pense-t-on spontanément, si ce n’est de celles dont les femmes se disent elles-mêmes victimes ?

L’article ne prend pas ce chemin-là (pas cette fois) mais le mal est fait : jouer sur un tel flou est scandaleux et déontologiquement indéfendable (mais commercialement fort rentable, on l’imagine) quand on sait que pas moins de 40% des personnes interrogées en Belgique estiment un viol « justifiable » dans certaines situations (par exemple si la victime est ivre ou  sous l’effet d’une drogue, si elle se rend volontairement chez quelqu’un, si elle ne dit pas clairement non ou si elle ne riposte pas physiquement,…).[1] Or, le viol est un crime inscrit dans la Loi belge.

Pour en finir avec le titre, remarquons également :

-qu’il impose une interprétation définitive des informations chiffrées qui vont suivre, ne laissant a priori aucune liberté d’analyse à celles et ceux qui liront ;

-qu’il se base sur un préjugé (à fort relent antiféministe) qui voudrait que les femmes soient considérées par la société comme systématiquement innocentes et/ou toujours victimes de violences (sexuelles)

- que le corps de l’article venant ensuite largement contredire son titre, le choix d’y mettre en avant les violences sexuelles ne se justifie que par un souci d’utiliser les « trigger words » (les mots-déclencheurs) qui attirent le regard et éveillent la curiosité, au prix de l’honnêteté et de la cohérence intellectuelles

*Quant au contenu de l’article, il est en effet en contradiction flagrante avec son titrece qui constitue en soi une insulte à l’intelligence des lecteurs-lectrices mais ne semble pas poser problème à la rédaction. En effet, en s’appuyant sur des chiffres « dévoilés pour la première fois » par Jan Jambon (qui est NVA et non CD&V comme indiqué par l’auteur-e), il annonce ensuite notamment que le viol reste une « affaire d’hommes » au même titre que les attentats à la pudeur ou l’accès à de la pornographie infantile par exemple. Et que s’il existe bel et bien des femmes auteures de violences sexuelles… elles restent très minoritaires.

Tout de même, il existe bien des faits reprochés à une majorité de femmes (des faits que l’auteur-e de l’article qualifie ici de « spécialité féminine »), mais ceux-ci relèvent des mœurs et non de violences sexuelles à proprement parler puisqu’il s’agit de « l’incitation à la débauche ». Autrement dit, le titre de l’article et l’information qu’il met plus particulièrement en avant pour appuyer son propos ne sont tout simplement pas reliés.

C’est d’autant plus vrai que « l’incitation à la débauche » s’avère regrouper un ensemble si hétéroclite de délits, qui sont de nature et de gravité si différentes que les chiffres qui nous sont livrés ici en bloc apportent plus de confusion que d’information. Il est en tout cas remarquablement ironique, et on en sourirait si les conséquences de telles pratiques journalistiques n’étaient pas si graves, qu’un journal passé maître en racolage dégoulinant[2]  dénonce fièrement en ses colonnes les femmes qui font le tapin.

Prétendant révéler une sorte de vérité cachée, « taboue », un tel article brasse en fait si large qu’on a peine à saisir de quoi il voudrait bien nous parler au fond. Son côté fourre-tout illustre en contraste son absence de ligne directrice ou de point de vue critique construit. La formule consiste ici à faire le plein (de chiffres et de mini-(mini-)interviews) pour cacher le creux (du propos).

Le problème majeur que nous relevons est que l’article, précisément à cause de son inanité, réussit à ne véhiculer - entre son titre sensationnaliste et les propos (tronqués ?) du sexologue repris en conclusion - que les stéréotypes de sexe les plus éculés : la femme ne serait pas si innocente que cela en matière de violence sexuelle (subie) et l’homme passerait à l’acte si souvent pour des raisons essentiellement biologiques (la testostérone a bon dos!) et narcissiques.

Redisons-le avec toute la conviction nécessaire : non, les femmes qui sont victimes de violences sexuelles dans leur couple ou dans l’espace public ne sont pas responsables de ce qu’elles endurent ! Et non, les hommes auteurs de violences sexuelles ne sont pas dominés par leurs hormones et leur fragilité narcissique, et par conséquent privés de leur capacité d’auto-contrôle et de leur liberté de choix au moment du passage à l’acte!

Nous regrettons amèrement et refusons avec force que le groupe de presse francophone le plus puissant du pays valide des conceptions de l’homme et de la femme aussi culpabilisatrices (pour la femme) et déresponsabilisantes, voire déshumanisantes (pour l’homme). Ce faisant, et en évitant de questionner les conditions sociales qui favorisent les violences sexuelles faites aux femmes et en particulier les viols, il participe activement au maintien des inégalités entre hommes et femmes et aux violences qui en découlent.

Rappelons simplement qu’en 2015 ce sont 1032 plaintes pour viol qui ont été enregistrées par la police en Wallonie, soit en moyenne 3 chaque jour. Et ce alors qu’une enquête d’Amnesty démontrait récemment que seuls 16% des victimes de violences graves décident de les dénoncer[3].

Au-delà du sexisme que nous dénonçons avec la plus grande vigueur et que cet article alimente aussi dramatiquement que lamentablement comme d’autres avant lui [4], nous devons nous donner les moyens de combattre un journalisme où l’urgence ronge le sens[5], où la volonté de réagir à l’actualité, mais surtout de vendre à n’importe quel prix, dévore toute ambition de comprendre les faits dans leur complexité.

Nous sommes les premiers-ères à défendre l’importance de regarder en face les violences agies par des femmes[6]. Mais c’est un sujet trop important, au même titre que beaucoup d’autres, que pour le laisser être traité de la sorte par une presse qui a délaissé l’investigation journalistique pour un sensationnalisme mercantile et méprisant pour son lectorat.

 

  • Agir

Le collectif de femmes journalistes Prenons la Une a publié en novembre 2016 une fort pertinente liste de recommandations à l’usage de leurs collègues qui abordent la question des violences subies par les femmes[7].

A la lecture de ce nouvel article publié par SudPresse, on se dit que ce ne sont pas seulement des recommandations mais aussi des rappels à l’ordre et à la Loi qui sont nécessaires. Une telle légèreté dans le traitement des violences impliquant des femmes, de tels partis-pris sexistes appellent à une réaction déterminée et coordonnée de la part du réseau associatif impliqué auprès des femmes, et en particulier auprès des femmes ayant vécu et vivant des violences physiques et sexuelles.

Le texte que vous avez sous les yeux ne devrait être qu’une étape. Pour prolonger cette démarche, nous allons déposer une plainte auprès du Conseil de Déontologie Journalistique

Toute association ou personne qui souhaiterait s’associer à cette démarche peut prendre contact avec nous (rogerherla [at] cvfe [dot] be).

A plus long terme, il est utile de réfléchir à des recommandations au monde journalistique en ce qui concerne le traitement des violences agies par des femmes et de continuer à soutenir des initiatives comme le micro-blog"Les mots tuent"[8], qui met en lumière les mots et les modes de récits médiatiques qui déforment la réalité et banalisent les violences; d'une manière générale, rester vigilant-e-s et dénoncer sans relâche les traitements inappropriés par les médias belges de la thématique des violences faites/agies par les femmes.

 

Pour le Collectif,

Roger Herla

 




[2] Les organes du groupe SudPresse, et le groupe lui-même, font déjà l’objet de nombreuses plaintes devant le Conseil de Déontologie Journalistique (qui sont à retrouver ici : http://lecdj.be/actualites/ )

[5] Merci Médor ! https://medor.coop/fr/magazine/  

[6] Lire « Humaines à part entière : penser la violence des femmes pour questionner l’ordre social et bouleverser les frontières de genre », par Héloïse Husquinet, 2016 : http://cvfe.be/sites/default/files/doc/ep2016-humaines_a_part_entiere-heloiseh-synth-verdana_1.pdf


 

 

Par Roger Herla
Date: 09/03/2017 à 12:39

Un appel international à la grève des femmes a été lancé ce mercredi 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Cette action s’inscrit dans un mouvement de protestation général porté par les femmes, un mouvement aux ramifications souterraines, aux multiples visages. Un mouvement qui prend corps et commence à faire entendre sa voix. À nous d’en saisir tous les enjeux et toutes les promesses… En attendant la publication de notre prochaine analyse consacrée aux récentes marches des femmes et à la dimension rassembleuse, inclusive du féminisme, quelques mots sur cet événement particulier.

 

Autour et au-delà de la Women’s March, les femmes se mobilisent et catalysent les luttes

https://www.flickr.com/photos/mobili/32593123745/Le 21 janvier dernier, des milliers de personnes se mobilisaient pour marcher dans les rues de centaines de villes, aux quatre coins du monde. La mobilisation pour la Marche des femmes sur Washington, organisée en réaction à l'investiture de Donald Trump, a largement dépassé le cadre de la capitale américaine et a reçu l’adhésion de nombreux mouvements sociaux. Ce ne sont pas seulement des femmes américaines qui ont réagi à l'appel lancé par les organisatrices de la marche, mais des millions de personnes à travers le monde, des individus de tous âges, genres, origines ethnique et sociale, unis autour de revendications communes.

La Women’s March, par l’écho international dont elle a bénéficié, la diversité des luttes et des minorités qu’elle a fédérées, est un événement dont l’ampleur mérite d’être mise en valeur et questionnée. Mais elle n’est que la face émergée d’un mouvement plus large, aux racines profondes, qui a germé en silence, avant que le relais médiatique ne l’exhume et n’en arbore les bourgeons. Tout porte à penser que l’on assiste aujourd’hui à une « effervescence féministe renouvelée »[1]. Des mouvements politiques portés par les femmes se sont en effet multipliés un peu partout ces derniers mois : du Czarny Protest (Black Protest) polonais en septembre contre la nouvelle proposition de loi anti-IVG, à la Women’s March états-unienne en janvier, en passant par la grève islandaise contre le gender gap pay en octobre et les actions irlandaises contre le 8ème amendement (qui interdit l’avortement en Irlande). En février, plusieurs mobilisations ont eu lieu contre la dépénalisation de la violence domestique en Russie, sur le territoire russe mais aussi en France. Le mouvement italien « Non Una di Meno » (inspiré du mouvement argentin « Ni Una Menos ») luttant contre les violences faites aux femmes et la culture patriarcale, vient quant à lui de relayer l'appel international à la grève des femmes ce jeudi 8 mars.

 

https://www.flickr.com/photos/garryknight/32979190496/in/photostream/

De la Women's March à la Women's Strike 

 Un projet de grève des femmes a été lancé par les organisatrices de la Women’s March on Washington, dès le 14 février dernier. Il s’inscrit dans le panel des actions que les organisatrices ont prévu de développer après le 21 janvier, et répond à la « journée sans immigrés » (« day without immigrants ») organisée aux USA le 16 février dernier et appelant les migrants à boycotter leur emploi, leurs cours et leurs courses en réaction au décret anti-immigration promulgué par Donald Trump. En appelant les femmes à faire la grève ce 8 mars, il s’agit pour les organisatrices du mouvement américain de montrer « la valeur énorme que les femmes de tous milieux apportent au système socio-économique, alors qu’elles bénéficient de salaires moins élevés et doivent faire face à des inégalités plus grandes, des comportements discriminants, du harcèlement sexuel et des emplois précaires »[2]. Comme c’était le cas pour la Women’s March, l’aspect intersectionnel et international de la démarche est mis en avant : « dans un esprit de solidarité et d’ouverture internationale, ce 8 mars sera aux USA une journée d’action organisée par et pour les femmes qui ont été marginalisées et réduites au silence par des décennies de néolibéralisme établi au détriment des travailleuses, des femmes de couleur, des femmes « natives », des femmes handicapées, des femmes migrantes, des femmes musulmanes, des femmes lesbiennes queer et trans »[3].

Des grèves polonaises à l'International Women's Strike 

La Women’s Strike s’inscrit dans un mouvement amorcé dès le mois d’octobre en Pologne. Au départ d’une grève nationale, face au nombre croissant des mobilisations féministes à travers le monde et à l’urgence de mener une lutte efficace et coordonnée, des militantes polonaises – prenant exemple sur le premier mouvement de grève des femmes international, lancé par des Islandaises en 1975 – ont cherché à donner une dimension internationale à la grève qu’elles avaient initiée. Elles ont à cette fin contacté les femmes du mouvement argentin « Ni Una Menos », et décidé avec elles de lancer un mouvement de grève international le 8 mars, journée des droits des femmes, scandé par le slogan « la solidarité est notre arme ». « The International Women’s Strike » s’est ensuite lié et coordonné au mouvement de la Women’s March qui lui apporte en retour son soutien. L’appel à la grève est soutenu par la Confédération Syndicale Internationale qui rassemble la majorité des syndicats du monde, et est aujourd’hui relayé par 49 pays, dont l'Argentine, l'Australie, la Bolivie, Bosnie-Herzégovine, le Brésil, le Tchad, le Chili, la Corée du Sud, le Costa Rica, le Cambodge, la Colombie, la République tchèque, l'Écosse, l’Espagne, l'Equateur, l'Angleterre, la France, les Fidji, la Finlande, la Hongrie, l'Allemagne, le Guatemala, le Honduras, l'Irlande du Nord, la République d'Irlande, la République dominicaine, Israël, l'Italie, le Mexique, le Monténégro, le Nicaragua, la Norvège, le Panamá, le Paraguay, le Pérou, le Pakistan, la Pologne, le Portugal, la Russie, le Salvador, le Sénégal, la Suède, la Thaïlande, la Turquie, l‘Ukraine, l'Uruguay, les États-Unis et le Venezuela. 

(c) Jennifer Orkin, https://resistsubmission.tumblr.com/

 

Revendications et moyens d’action du mouvement

À l’occasion de la Journée de lutte pour les droits des femmes, les femmes sont appelées à se mettre en grève contre les nombreuses violences physiques, économiques, politiques, verbales ou morales qui leur sont faites quotidiennement. Les revendications, dans leur nuances et leurs modes d’application, diffèrent selon les pays.

Concrètement, les femmes sont invitées à stopper leurs activités ce mercredi 8 mars, durant la journée entière ou à 15h40, heure à laquelle elles pourraient arrêter de travailler compte tenu de la différence salariale existant entre les femmes et les hommes (26%). De nombreuses actions sont prévues dans chacun des pays mentionnés ci-dessus. En Belgique, ce n’est pas la grève qui a été privilégiée comme mode d’action principal : la mobilisation prendra des formes variées. Samedi dernier, une manifestation a déjà eu lieu à Bruxelles, organisée dans le cadre de la marche mondiale des femmes, pour protester contre les violences économiques dont sont victimes les femmes, qui sont les premières à être touchées par les politiques d’austérité. Marches, rassemblements, conférences-débats : à chacune de choisir la forme de militantisme qui lui convient le mieux !

 

L’heure est au changement. Sans savoir la forme que prendront les luttes de demain, chaque femme, chaque homme peut aujourd’hui choisir de poser un regard lucide sur sa situation et décider des rapports qu’il souhaite entretenir avec son environnement. L’environnement, c’est-à-dire la foule des êtres vivants et des choses qui nous entoure, le contexte matériel et social dans lequel nous évoluons. Militer, c’est prendre position. C’est refuser de contribuer à entretenir un système producteur de misère et d’injustices. C’est faire un pas hors de l’impuissance et participer consciemment à la marche du monde.

 

 

[1] «  "Non Una di Meno" : les féministes italiennes vers la grève transnationale du 8 mars », in Contretemps. Revue de critique communiste, 27 février 2017.

[2] https://www.womensmarch.com/womensday

[3]  https://www.womenstrikeus.org/

Par Héloïse Husquinet
Date: 08/03/2017 à 00:21