Voici tout juste un an, depuis le 8 mars 2017, la Ligne @ecouteviolencesconjugalesbe est devenue accessible 24h/24 et 7 jours sur 7. Jusque-là, le 0800/30 030 était uniquement accessible les jours ouvrables, de 9 à 19 heures.

Ecoutez l'interview de nos collègues sur la RTBF ce matin.

C'est grâce à une collaboration entre les Pôles de ressources spécialisées en violences conjugales et intrafamiliales et la Fédération des Centres de Télé Accueil, qu'est assurée, via le 0800 30 030, une écoute téléphonique continue, anonyme et gratuite pour les personnes confrontées, à titre privé ou professionnel, directement ou indirectement, à des situations de violences entre partenaires. 4862 appels ont été pris en charge en 2017. Qui appelle la ligne ? Les victimes de violences, des femmes à plus de 90 %, sont les plus nombreuses à former le 0800 30 030, suivies des services et professionnel·le·s du secteur (plus de 500 appels en journée), puis des proches des victimes (près de 400, la journée) et, enfin, des auteur·e·s (des hommes, une quarantaine lors des permanences de jour). La Ligne d’écoute est souvent la première « porte » à laquelle les victimes qui ose dévoiler leur souffrance s’adressent, puisque plus de la moitié des appels traités en journée sont des premiers appels. Les victimes dévoilent difficilement les situations de violences conjugales, ne sachant à quelle poste frapper, ni si elles seront entendues et comprises. En Wallonie, 15 488 plaintes pour violences dans le couple (physique, psychologique, sexuelle, économique) ont été enregistrées en 2016. A Bruxelles, 3 597 plaintes ont été déposées en 2016. Mais l’on sait qu’elles ne rendent pas compte de la réalité, en raison de l’importance du chiffre noir. D’après l’enquête 2014 de l’Agence des droits fondamentaux de l’Union, plus d’une femme sur 3 en Belgique a subi des violences physiques et/ou sexuelles depuis l’âge de 15 ans. La mise en place d’une écoute téléphonique gratuite pour les violences conjugales constitue une des mesures du plan d’action national 2015 -2019 de lutte contre les violences basées sur le genre.

Par Anne Delepine
Date: 08/03/2018 à 17:26

Dimanche après-midi, 4 mars, sur la Place Saint Lambert, face au Palais de Justice à Liège, 150 à 200 personnes s’étaient rassemblées pour rendre hommage à Oumou Tabaré Diallo, jeune liégeoise d’origine guinéenne, mère de deux enfants, assassinée par son conjoint après des violences conjugales répétées et dont le corps sans vie a été retrouvé le 14 février. L’initiative de ce rassemblement a été prise par Diaryatou Bah, qui milite contre les violences faites aux femmes, en particulier contre l’excision des petites filles. Diverses associations ont soutenu son initiative.

Le CVFE était présent à ce rassemblement, voulant témoigner son soutien à la famille d’Oumou,  et aussi "rappeler que les violences conjugales ne sont pas le fait d'une communauté, que les violences conjugales touchent une femme sur cinq en Belgique, et qu'en Europe, une femme est tuée tous les trois jours. Il y a beaucoup de raisons qui empêchent les femmes de dénoncer les violences qu'elles vivent et, parmi les raisons principales, il y a la manière dont elle va être accueillie et entendue au commissariat de police, aux urgences ... Est-ce qu'on va lui renvoyer le fait qu'elle est responsable de ce qu'elle vit ou est-ce qu'on va lui parler d'une problématique qui est sociétale et qui est mondiale?"

Kadiatou Bah, membre-fondatrice de SabouSud, une association liégeoise qui aide les enfants en Guinée a déclaré au journaliste de la RTBF : "Il faut que les femmes arrêtent de rester près de leur mari si elles sont tous les jours victimes de violences. Qu'on arrête de dire, c'est ma vie privée, je ne vais pas aller dénoncer mon mari. Non. C'est surtout les mères qui disent à leurs filles: moi, chez ton papa, j'avais subi la même chose, mais j'ai pardonné. C'est pour ça que tu es là aujourd'hui, sinon, tu ne serais pas là. Mais si on continue à subir, nos mères subissent, nous, nous subissons, et puis nos filles subissent? C'est pour cela qu'aujourd'hui on doit dire stop".

 Accédez ICI  au reportage de la RTBF.

Par Anne Delepine
Date: 06/03/2018 à 18:31

L’avant-première du film à l’occasion des 40 ans du CVFE a rencontré un franc succès !

 

jusqu'à la garde

 

« Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand est puissant. Puissant parce qu’il nous rappelle que dans violences conjugales la violence physique n’est pas le seul moyen de domination. Les violences verbales, les menaces, le dénigrement, les contraintes psychologiques, économiques et sexuelles répétées sont autant d’armes utilisées pour porter atteinte à l’intégrité de l’autre. Puissant aussi parce qu’il nous montre combien les enfants sont affectés, victimes eux aussi, des violences entre leurs parents.

Dans ce film, Antoine, ex-mari de Miriam, utilise la garde alternée de son fils Julien, pour reprendre une position de contrôle, de menace, pour reprendre du pouvoir sur la vie de son ex-femme. Avec beaucoup de simplicité et d’intensité, on perçoit comment un homme peut mettre une tension étouffante dans les moments d’échange de garde, comment il peut culpabiliser son ex-femme des souffrances qu’il vit, comment il peut faire d’elle un objet dont il ne se dépossèdera plus.

« Jusqu’à la garde » nous montre aussi comment un père peut instrumentaliser son fils, nier ses besoins, utiliser ses désirs. Si Julien n’est pas frappé, il vit durant tout le film dans un climat d’insécurité permanent, où l’imprévisibilité des comportements de son père laisse poindre le danger à chaque minute d’un quotidien qui se voudrait banal. Julien est en prise avec l’arbitraire de son père, conscient que l’unique objectif qui l’anime est d’atteindre sa mère pour en refaire sa femme. Et ce gamin s’y refuse, il fera tout pour la protéger de son père. Loyal à sa mère, il se mettra en danger pour elle. Il acceptera d’elle aussi ses impossibilités à le protéger, ses incapacités à mettre des mots sur ce qu’ils vivent.

Nous, accompagnantes et accompagnants de femmes et enfants victimes de violences conjugales nous avons retrouvé dans le film de Xavier Legrand la finesse des stratégies de domination, la complexité des dynamiques relationnelles, ainsi que le haut degrés d’exposition des enfants. Nous avons aussi pleuré, pour Miriam et pour Julien qui pendant 1h30 ont incarnés les milliers de femmes et d’enfants que nous avons accueillis et que nous accueillons encore au CVFE.

 

Par Floriane Jammot
Date: 22/02/2018 à 14:22

Le 9 février 2018, à Saint-Nicolas, Claudine H. a été poignardée par son ex-époux contre lequel elle avait témoigné dans un dossier d’attouchements sexuels. Elle craignait cette issue.

Le 14 février 2018, à Wandre, le corps sans vie de Oumou D. a été retrouvé, enterré dans le jardin de son habitation. La jeune femme de 26 ans avait été poignardée. Son compagnon, qui nie l’avoir tuée, a été placé sous mandat d’arrêt. Elle avait deux jeunes enfants.

Le 12 février 2018, à Wandre, le corps ensanglanté de Sabrina S. a été retrouvé dans le garage de son habitation. La victime présentait de lourdes blessures au crâne. Le décès était considéré comme suspect par la justice.

Combien de femmes meurent de violence, parce qu'elles sont des femmes, en Belgique ? La réponse à cette question, qui devrait être évidente, ne l’est pas. Le blog consacré aux féminicides dans notre pays milite pour sortir ces victimes de l'oubli, leur rendre hommage, mettre des visages sur ces chiffres. Il épluche la presse, décortique les faits divers en ligne, pas toujours explicites. Il recense 39 décès de femmes en 2017 et 7 déjà pour le début de l’année 2018. Il cherche ainsi à alimenter un travail de sensibilisation sur l'ampleur et l'impact des violences machistes en Belgique et à rompre avec la banalisation du phénomène.

Si vous voulez aider dans cette tâche, contactez stopfeminicide [at] gmail [dot] com

Pour en savoir plus sur ce qu’est le féminicide, l'ONU a publié une fiche explicative.

Mais aussi, demandons-nous combien d’enfants sont exposés à cette violence, victimes ou témoins.

La Convention d’Istanbul, ratifiée par la Belgique en 2016 sur les violences faites aux femmes, accorde une grande importance aux enfants en tant que témoins mais aussi en tant que victimes. L’infraction commise à l’encontre ou en présence d’un enfant est une situation aggravante (art. 46), il.elle doit bénéficier d’une protection (art. 56) et d’un soutien spécifiques (art. 18) en tant que personne vulnérable. 

 

Par Anne Delepine
Date: 21/02/2018 à 08:56

Ce lundi 19 février, le CWEFH (Conseil wallon de l'égalité entre les femmes et les hommes) a invité le CVFE à présenter une de ses études en éducation permanente, "Les femmes et les mesures restrictives concernant le chômage : histoire de domination et perspective d'émancipation."

Intervention au CWEFH

En ces temps d'austérité et d'exclusion des droits liés à l'emploi, les femmes sont les premières touchées par la précarité galopante du marché du travail et de la sécurité sociale.

Comme le montre de façon remarquable l'ouvrage Le chômeur suspect. Histoire d'une stigmatisation (CARHOP-CRISP, 2015), les chômeuses et les chômeurs ont toujours été mal considérés, particulièrement pendant les crises économiques. Plus encore que les hommes, les femmes ont toujours été suspectées de vouloir vivre aux crochets du budget public, alors qu'elle pouvaient bénéficier du salaire de leur conjoint, voire même de voler le travail des hommes. C'est ce qui explique qu'elles ont touché des allocations moindres, parce qu'elles étaient des femmes, jusqu'en 1971, alors qu'elles cotisaient de manière équivalente quand elles exerçaient une activité professionnelle.

Depuis la mise en avant de la notion d'Etat social actif en 1999 par le gouvernement "Arc-en-ciel" de Guy Verhoofstad, la notion d'assurance-chômage a progressivement été vidée de sa substance dans le cadre de l'"activation du chômage". A la notion d'assurance contre un "risque social majeur" -l'absence de travail rémunéré- prise en charge par la collectivité,  introduite dans le cadre de la sécurité sociale par le Plan social de 1944, le « Plan d’activation et de suivi des chômeurs », lancé en juillet 2004, a substitué l'idée que le chômeur porte individuellement la responsabilité de sa situation et qu'il est nécessaire de l'inciter avec force à chercher du travail, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'à son exclusion du chômage. Redoutable "machine à exclure",  le Plan d’activation et de suivi des chômeurs s'est soldé, de 2006 à 2014,  par l'exclusion de 38947 chômeuses/-eurs du bénéfices des allocations de chômage. Exclu-e-s qui n'avaient plus comme perspective que de s'adresser au CPAS pour solliciter le RIS (Revenu d'insertion sociale), sans aucune assurance de l'obtenir.

Par la suite, le gouvernement fédéral a mis en place la dégressivité renforcée des allocations de chômage, touchant le tiers des 500.000 demandeuses/-eurs d'emploi et a programmé dès 2011 la fin de droit aux allocations Intervention CVFE au CWEFHd'insertion après 3 ans qui a commencé à produire ses effets le 1er janvier 2015. Près de 30.000 allocataires d'insertion (dont les deux tiers, soit 20.000, sont des femmes) ont perdu leur droit en 2015, auxquels sont venus s'ajouter les jeunes non-admis à la suite de mesures prises par le gouvernement suivant, ce qui a porté à 42.000 le nombre des exclu-e-s et non admis-e-s pour 2015, avec une perspective de 15 à 20.000 exclusions supplémentaires pour 2016.

Depuis 2006, voilà au minimum 90.000 demandeuses/-eurs d'emploi qui ont perdu leurs allocations. Nombreuse/-eux étant celles et ceux qui, découragé-e-s,  sont "sortis des radars" et vivent Dieu sait comment...

Dans Le Soir du 16 février 2018, on pouvait lire que le nombre de demandeuses/-eurs d'emploi indemnisés avait diminué de 26% en dix ans, soit  171.299 de moins. Il apparaît clairement qu'une proportion importante (52,5%, si on s'en tient à l'estimation formulée ci-dessus qui peut encore être précisée) de cette diminution est due aux diverses formes de sanctions et d'exclusions qui se sont multipliées depuis 2004.

Outre la synthèse statistique résumée ci-dessus, l'étude que nous avons présentée devant le CWEFH essaye de répondre à quelques questions, en prenant comme angle d’attaque les processus de domination repérables dans la situation des femmes que nous avons interrogées : quelles répercussions les mesures prises ces dernières années en matière d’allocations de chômage par les gouvernements successifs ont-elles sur la vie des femmes de milieux populaires ? Comment ces femmes ont-elles vécu ces atteintes à leur niveau de vie et à leur statut social ? Comment résister mentalement aux abus de pouvoirs de certains agents du Forem, de l'Onem et des CPAS, de plus en plus enclins à contrôler la vie privée des ayants droit ?

Le dernier chapitre de l'étude pose une question cruciale, que les dispositifs de contrôle actuels ont pour fonction d'étouffer: comment développer des actions solidaires et créatives pour échapper à l'isolement néfaste, y compris pour la santé mentale, engendré par les règlementations ultra-libérales des récents gouvernements, qu'ils soient de centre-gauche ou ouvertement de droite?

Des pistes existent, des lieux de solidarité agissent au sein des organisations syndicales et du mouvement associatif: le moment est peut-être venu pour les chômeuses/-eurs exclu-e-s de manifester publiquement leur colère devant le sort indigne qui leur est réservé, particulièrement en ce qui concerne les femmes, par les divers gouvernements et les agences publiques chargées de la gestion du chômage et de l'aide sociale.

(Photos Jean-Louis Simoens)

 

 

 

 

 

Par Anne Delepine
Date: 20/02/2018 à 12:25