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L’avant-première du film à l’occasion des 40 ans du CVFE a rencontré un franc succès !

 

jusqu'à la garde

 

« Jusqu’à la garde » de Xavier Legrand est puissant. Puissant parce qu’il nous rappelle que dans violences conjugales la violence physique n’est pas le seul moyen de domination. Les violences verbales, les menaces, le dénigrement, les contraintes psychologiques, économiques et sexuelles répétées sont autant d’armes utilisées pour porter atteinte à l’intégrité de l’autre. Puissant aussi parce qu’il nous montre combien les enfants sont affectés, victimes eux aussi, des violences entre leurs parents.

Dans ce film, Antoine, ex-mari de Miriam, utilise la garde alternée de son fils Julien, pour reprendre une position de contrôle, de menace, pour reprendre du pouvoir sur la vie de son ex-femme. Avec beaucoup de simplicité et d’intensité, on perçoit comment un homme peut mettre une tension étouffante dans les moments d’échange de garde, comment il peut culpabiliser son ex-femme des souffrances qu’il vit, comment il peut faire d’elle un objet dont il ne se dépossèdera plus.

« Jusqu’à la garde » nous montre aussi comment un père peut instrumentaliser son fils, nier ses besoins, utiliser ses désirs. Si Julien n’est pas frappé, il vit durant tout le film dans un climat d’insécurité permanent, où l’imprévisibilité des comportements de son père laisse poindre le danger à chaque minute d’un quotidien qui se voudrait banal. Julien est en prise avec l’arbitraire de son père, conscient que l’unique objectif qui l’anime est d’atteindre sa mère pour en refaire sa femme. Et ce gamin s’y refuse, il fera tout pour la protéger de son père. Loyal à sa mère, il se mettra en danger pour elle. Il acceptera d’elle aussi ses impossibilités à le protéger, ses incapacités à mettre des mots sur ce qu’ils vivent.

Nous, accompagnantes et accompagnants de femmes et enfants victimes de violences conjugales nous avons retrouvé dans le film de Xavier Legrand la finesse des stratégies de domination, la complexité des dynamiques relationnelles, ainsi que le haut degrés d’exposition des enfants. Nous avons aussi pleuré, pour Miriam et pour Julien qui pendant 1h30 ont incarnés les milliers de femmes et d’enfants que nous avons accueillis et que nous accueillons encore au CVFE.