Version imprimable

Ce lundi 19 février, le CWEFH (Conseil wallon de l'égalité entre les femmes et les hommes) a invité le CVFE à présenter une de ses études en éducation permanente, "Les femmes et les mesures restrictives concernant le chômage : histoire de domination et perspective d'émancipation."

Intervention au CWEFH

En ces temps d'austérité et d'exclusion des droits liés à l'emploi, les femmes sont les premières touchées par la précarité galopante du marché du travail et de la sécurité sociale.

Comme le montre de façon remarquable l'ouvrage Le chômeur suspect. Histoire d'une stigmatisation (CARHOP-CRISP, 2015), les chômeuses et les chômeurs ont toujours été mal considérés, particulièrement pendant les crises économiques. Plus encore que les hommes, les femmes ont toujours été suspectées de vouloir vivre aux crochets du budget public, alors qu'elle pouvaient bénéficier du salaire de leur conjoint, voire même de voler le travail des hommes. C'est ce qui explique qu'elles ont touché des allocations moindres, parce qu'elles étaient des femmes, jusqu'en 1971, alors qu'elles cotisaient de manière équivalente quand elles exerçaient une activité professionnelle.

Depuis la mise en avant de la notion d'Etat social actif en 1999 par le gouvernement "Arc-en-ciel" de Guy Verhoofstad, la notion d'assurance-chômage a progressivement été vidée de sa substance dans le cadre de l'"activation du chômage". A la notion d'assurance contre un "risque social majeur" -l'absence de travail rémunéré- prise en charge par la collectivité,  introduite dans le cadre de la sécurité sociale par le Plan social de 1944, le « Plan d’activation et de suivi des chômeurs », lancé en juillet 2004, a substitué l'idée que le chômeur porte individuellement la responsabilité de sa situation et qu'il est nécessaire de l'inciter avec force à chercher du travail, sous peine de sanctions pouvant aller jusqu'à son exclusion du chômage. Redoutable "machine à exclure",  le Plan d’activation et de suivi des chômeurs s'est soldé, de 2006 à 2014,  par l'exclusion de 38947 chômeuses/-eurs du bénéfices des allocations de chômage. Exclu-e-s qui n'avaient plus comme perspective que de s'adresser au CPAS pour solliciter le RIS (Revenu d'insertion sociale), sans aucune assurance de l'obtenir.

Par la suite, le gouvernement fédéral a mis en place la dégressivité renforcée des allocations de chômage, touchant le tiers des 500.000 demandeuses/-eurs d'emploi et a programmé dès 2011 la fin de droit aux allocations Intervention CVFE au CWEFHd'insertion après 3 ans qui a commencé à produire ses effets le 1er janvier 2015. Près de 30.000 allocataires d'insertion (dont les deux tiers, soit 20.000, sont des femmes) ont perdu leur droit en 2015, auxquels sont venus s'ajouter les jeunes non-admis à la suite de mesures prises par le gouvernement suivant, ce qui a porté à 42.000 le nombre des exclu-e-s et non admis-e-s pour 2015, avec une perspective de 15 à 20.000 exclusions supplémentaires pour 2016.

Depuis 2006, voilà au minimum 90.000 demandeuses/-eurs d'emploi qui ont perdu leurs allocations. Nombreuse/-eux étant celles et ceux qui, découragé-e-s,  sont "sortis des radars" et vivent Dieu sait comment...

Dans Le Soir du 16 février 2018, on pouvait lire que le nombre de demandeuses/-eurs d'emploi indemnisés avait diminué de 26% en dix ans, soit  171.299 de moins. Il apparaît clairement qu'une proportion importante (52,5%, si on s'en tient à l'estimation formulée ci-dessus qui peut encore être précisée) de cette diminution est due aux diverses formes de sanctions et d'exclusions qui se sont multipliées depuis 2004.

Outre la synthèse statistique résumée ci-dessus, l'étude que nous avons présentée devant le CWEFH essaye de répondre à quelques questions, en prenant comme angle d’attaque les processus de domination repérables dans la situation des femmes que nous avons interrogées : quelles répercussions les mesures prises ces dernières années en matière d’allocations de chômage par les gouvernements successifs ont-elles sur la vie des femmes de milieux populaires ? Comment ces femmes ont-elles vécu ces atteintes à leur niveau de vie et à leur statut social ? Comment résister mentalement aux abus de pouvoirs de certains agents du Forem, de l'Onem et des CPAS, de plus en plus enclins à contrôler la vie privée des ayants droit ?

Le dernier chapitre de l'étude pose une question cruciale, que les dispositifs de contrôle actuels ont pour fonction d'étouffer: comment développer des actions solidaires et créatives pour échapper à l'isolement néfaste, y compris pour la santé mentale, engendré par les règlementations ultra-libérales des récents gouvernements, qu'ils soient de centre-gauche ou ouvertement de droite?

Des pistes existent, des lieux de solidarité agissent au sein des organisations syndicales et du mouvement associatif: le moment est peut-être venu pour les chômeuses/-eurs exclu-e-s de manifester publiquement leur colère devant le sort indigne qui leur est réservé, particulièrement en ce qui concerne les femmes, par les divers gouvernements et les agences publiques chargées de la gestion du chômage et de l'aide sociale.

(Photos Jean-Louis Simoens)