Version imprimable

Un appel international à la grève des femmes a été lancé ce mercredi 8 mars, Journée internationale des droits des femmes. Cette action s’inscrit dans un mouvement de protestation général porté par les femmes, un mouvement aux ramifications souterraines, aux multiples visages. Un mouvement qui prend corps et commence à faire entendre sa voix. À nous d’en saisir tous les enjeux et toutes les promesses… En attendant la publication de notre prochaine analyse consacrée aux récentes marches des femmes et à la dimension rassembleuse, inclusive du féminisme, quelques mots sur cet événement particulier.

 

Autour et au-delà de la Women’s March, les femmes se mobilisent et catalysent les luttes

https://www.flickr.com/photos/mobili/32593123745/Le 21 janvier dernier, des milliers de personnes se mobilisaient pour marcher dans les rues de centaines de villes, aux quatre coins du monde. La mobilisation pour la Marche des femmes sur Washington, organisée en réaction à l'investiture de Donald Trump, a largement dépassé le cadre de la capitale américaine et a reçu l’adhésion de nombreux mouvements sociaux. Ce ne sont pas seulement des femmes américaines qui ont réagi à l'appel lancé par les organisatrices de la marche, mais des millions de personnes à travers le monde, des individus de tous âges, genres, origines ethnique et sociale, unis autour de revendications communes.

La Women’s March, par l’écho international dont elle a bénéficié, la diversité des luttes et des minorités qu’elle a fédérées, est un événement dont l’ampleur mérite d’être mise en valeur et questionnée. Mais elle n’est que la face émergée d’un mouvement plus large, aux racines profondes, qui a germé en silence, avant que le relais médiatique ne l’exhume et n’en arbore les bourgeons. Tout porte à penser que l’on assiste aujourd’hui à une « effervescence féministe renouvelée »[1]. Des mouvements politiques portés par les femmes se sont en effet multipliés un peu partout ces derniers mois : du Czarny Protest (Black Protest) polonais en septembre contre la nouvelle proposition de loi anti-IVG, à la Women’s March états-unienne en janvier, en passant par la grève islandaise contre le gender gap pay en octobre et les actions irlandaises contre le 8ème amendement (qui interdit l’avortement en Irlande). En février, plusieurs mobilisations ont eu lieu contre la dépénalisation de la violence domestique en Russie, sur le territoire russe mais aussi en France. Le mouvement italien « Non Una di Meno » (inspiré du mouvement argentin « Ni Una Menos ») luttant contre les violences faites aux femmes et la culture patriarcale, vient quant à lui de relayer l'appel international à la grève des femmes ce jeudi 8 mars.

 

https://www.flickr.com/photos/garryknight/32979190496/in/photostream/

De la Women's March à la Women's Strike 

 Un projet de grève des femmes a été lancé par les organisatrices de la Women’s March on Washington, dès le 14 février dernier. Il s’inscrit dans le panel des actions que les organisatrices ont prévu de développer après le 21 janvier, et répond à la « journée sans immigrés » (« day without immigrants ») organisée aux USA le 16 février dernier et appelant les migrants à boycotter leur emploi, leurs cours et leurs courses en réaction au décret anti-immigration promulgué par Donald Trump. En appelant les femmes à faire la grève ce 8 mars, il s’agit pour les organisatrices du mouvement américain de montrer « la valeur énorme que les femmes de tous milieux apportent au système socio-économique, alors qu’elles bénéficient de salaires moins élevés et doivent faire face à des inégalités plus grandes, des comportements discriminants, du harcèlement sexuel et des emplois précaires »[2]. Comme c’était le cas pour la Women’s March, l’aspect intersectionnel et international de la démarche est mis en avant : « dans un esprit de solidarité et d’ouverture internationale, ce 8 mars sera aux USA une journée d’action organisée par et pour les femmes qui ont été marginalisées et réduites au silence par des décennies de néolibéralisme établi au détriment des travailleuses, des femmes de couleur, des femmes « natives », des femmes handicapées, des femmes migrantes, des femmes musulmanes, des femmes lesbiennes queer et trans »[3].

Des grèves polonaises à l'International Women's Strike 

La Women’s Strike s’inscrit dans un mouvement amorcé dès le mois d’octobre en Pologne. Au départ d’une grève nationale, face au nombre croissant des mobilisations féministes à travers le monde et à l’urgence de mener une lutte efficace et coordonnée, des militantes polonaises – prenant exemple sur le premier mouvement de grève des femmes international, lancé par des Islandaises en 1975 – ont cherché à donner une dimension internationale à la grève qu’elles avaient initiée. Elles ont à cette fin contacté les femmes du mouvement argentin « Ni Una Menos », et décidé avec elles de lancer un mouvement de grève international le 8 mars, journée des droits des femmes, scandé par le slogan « la solidarité est notre arme ». « The International Women’s Strike » s’est ensuite lié et coordonné au mouvement de la Women’s March qui lui apporte en retour son soutien. L’appel à la grève est soutenu par la Confédération Syndicale Internationale qui rassemble la majorité des syndicats du monde, et est aujourd’hui relayé par 49 pays, dont l'Argentine, l'Australie, la Bolivie, Bosnie-Herzégovine, le Brésil, le Tchad, le Chili, la Corée du Sud, le Costa Rica, le Cambodge, la Colombie, la République tchèque, l'Écosse, l’Espagne, l'Equateur, l'Angleterre, la France, les Fidji, la Finlande, la Hongrie, l'Allemagne, le Guatemala, le Honduras, l'Irlande du Nord, la République d'Irlande, la République dominicaine, Israël, l'Italie, le Mexique, le Monténégro, le Nicaragua, la Norvège, le Panamá, le Paraguay, le Pérou, le Pakistan, la Pologne, le Portugal, la Russie, le Salvador, le Sénégal, la Suède, la Thaïlande, la Turquie, l‘Ukraine, l'Uruguay, les États-Unis et le Venezuela. 

(c) Jennifer Orkin, https://resistsubmission.tumblr.com/

 

Revendications et moyens d’action du mouvement

À l’occasion de la Journée de lutte pour les droits des femmes, les femmes sont appelées à se mettre en grève contre les nombreuses violences physiques, économiques, politiques, verbales ou morales qui leur sont faites quotidiennement. Les revendications, dans leur nuances et leurs modes d’application, diffèrent selon les pays.

Concrètement, les femmes sont invitées à stopper leurs activités ce mercredi 8 mars, durant la journée entière ou à 15h40, heure à laquelle elles pourraient arrêter de travailler compte tenu de la différence salariale existant entre les femmes et les hommes (26%). De nombreuses actions sont prévues dans chacun des pays mentionnés ci-dessus. En Belgique, ce n’est pas la grève qui a été privilégiée comme mode d’action principal : la mobilisation prendra des formes variées. Samedi dernier, une manifestation a déjà eu lieu à Bruxelles, organisée dans le cadre de la marche mondiale des femmes, pour protester contre les violences économiques dont sont victimes les femmes, qui sont les premières à être touchées par les politiques d’austérité. Marches, rassemblements, conférences-débats : à chacune de choisir la forme de militantisme qui lui convient le mieux !

 

L’heure est au changement. Sans savoir la forme que prendront les luttes de demain, chaque femme, chaque homme peut aujourd’hui choisir de poser un regard lucide sur sa situation et décider des rapports qu’il souhaite entretenir avec son environnement. L’environnement, c’est-à-dire la foule des êtres vivants et des choses qui nous entoure, le contexte matériel et social dans lequel nous évoluons. Militer, c’est prendre position. C’est refuser de contribuer à entretenir un système producteur de misère et d’injustices. C’est faire un pas hors de l’impuissance et participer consciemment à la marche du monde.

 

 

[1] «  "Non Una di Meno" : les féministes italiennes vers la grève transnationale du 8 mars », in Contretemps. Revue de critique communiste, 27 février 2017.

[2] https://www.womensmarch.com/womensday

[3]  https://www.womenstrikeus.org/