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Précarité, pauvreté, logement : des thèmes qui mobilisent le CVFE dans son combat aux côtés des femmes maltraitées, dans un contexte où la précarisation touche de plein fouet et de façon disproportionnée les femmes et en particulier les mères de familles monoparentales.

L’événement du 17 octobre

La ‘journée mondiale du refus de la misère’, c’est le 17 octobre. Elle a été initiée en France en 1987 par le Père Joseph Wresinski, fondateur du mouvement des droits de l’homme ATD-Quart monde, heurté par les conditions de logement misérables et la pauvreté dans laquelle vivaient de nombreuses familles qu’il fréquentait à Paris. A son appel, plusieurs milliers de personnes de tous milieux se sont rassemblées sur le Parvis des Droits de l'Homme le 17 octobre 1987. Cette journée est officiellement reconnue par l’ONU depuis 1992, qui l’a intitulée ‘journée internationale pour l’élimination de la pauvreté’, invitant responsables et pouvoirs publics à se mobiliser pour cet objectif.

‘La misère est violence’. ‘La misère n’est pas fatale’. ‘Là où des hommes sont condamnés à vivre dans la misère, les droits de l’homme sont violés. S’unir pour les faire respecter est un devoir sacré’.

Plus d'info sur la "Journée mondiale"

Regards sur le mal-logement en 2016 dans les pays d’Europe

L’accès à un logement décent constitue un droit fondamental, essentiel pour mener une vie digne. Le logement, c’est plus qu’un toit et des murs. C’est une base dans le parcours de reconquête d’un pouvoir d’agir et d’une estime d’elles-mêmes par les femmes et leurs enfants qui sont hébergés temporairement au Refuge. C’est une condition de possibilité pour l’accès à d’autres droits.

Lire aussi notre étude CVFE :  Accès au logement, capabilités et empowerment des femmes victimes de violence conjugale (2013)

Sur cette question du mal-logement, la Fondation Abbé Pierre et la Feantsa  (Fédération d’ONG qui porte la problématique du sans-abrisme au niveau européen) ont publié ensemble en novembre 2015 une première brochure intitulée REGARDS SUR LE MAL-LOGEMENT EN EUROPE, basée sur des statistiques disponibles au niveau européen (téléchargeable sur la page d'accueil du site).

Les deux organisations ont décidé de mettre à jour annuellement cet ‘index européen du mal-logement’, dont l’objectif est de donner à voir comment la question du logement et du mal-logement se pose et évolue aujourd’hui dans les Etats membres.

L’index 2016 dénonce notamment le fait que

- 11,5% de la population totale en Europe est en ‘taux d’effort excessif’ en matière de logement et ce taux s’élève à 40% pour les ménages pauvres. L’expression ‘taux d’effort excessif’ signifie que les coûts totaux liés au logement représentent plus de 40% du revenu disponible.

- 5% de la population européenne subit une ‘privation sévère liée au logement’. Cela veut dire que le logement est surpeuplé et ne garantit pas la santé des occupants : un toit qui fuit, des murs/des sols/des fondations attaqués par l’humidité, des moisissures dans les cadres de fenêtres ou dans les sols ; pas de baignoire ou de douche dans le logement et pas de toilettes intérieures pour le seul usage du ménage ; logement trop sombre.

- La capacité à tenir son logement à température adéquate est aussi une difficulté grandissante dans 15 pays européens.

- Le mal-logement affecte en priorité les jeunes, dont les droits aux prestations sociales sont de plus en plus limités partout.

- Dans les statistiques utilisées, les catégories définies sans autre précision ‘jeunes’, ‘ménages’, ‘personnes âgées’ ne permettent pas de différencier les données selon le sexe. Tout au plus peut-on mettre en relation le mal logement avec d’autres statistiques bien connues : les revenus des femmes sont plus faibles que ceux des hommes (de l’ordre de 25% en moyenne en Europe), il y a une majorité de femmes à la tête de familles monoparentales, les enfants vivent plus souvent avec la mère en cas de séparation et les personnes dépendantes sont plus souvent à charge des femmes. Le fait d’être une femme est donc considéré comme un facteur aggravant : les femmes sont considérablement plus exposées que les hommes aux difficultés de logement liées à un taux d’effort excessif.

- Cependant, cherchant à comparer le mal logement selon qu’on est un homme ou une femme en dehors de tout autre facteur explicatif, l’index met en place un indicateur qui compare la situation d’une femme et d’un homme vivant à niveau de pauvreté égale : l’insalubrité apparaît alors comme ‘une affaire tendanciellement masculine’ et le surpeuplement du logement concerne les deux sexes de manière équivalente. Nous émettons une réserve sur cet indicateur : en isolant le facteur ‘genre’ pour expliquer les inégalités face au logement en raison de l’appartenance à un sexe, est-ce essentialiser le concept de genre ?

L’index du mal logement en Europe invite à considérer deux problématiques qui devraient être des priorités pour les Etats membres et pour l’Union Européenne, au vu de leurs engagements dans la lutte contre la pauvreté et l’exclusion sociale : les Européens, en particulier ceux qui sont pauvres, devraient pouvoir trouver un logement digne et abordable. Des solutions pour faire concorder le stock et la demande de logements devraient être mises en avant. De nombreuses alternatives de logement abordable peuvent être suggérées à cet égard, comme la réutilisation des logements vacants.

La publication de l’index annuel s’assortit d’une fiche statistique par pays , où, pour onze indicateurs, sa situation est comparée à la moyenne des autres pays. Un palmarès européen du mal logement est établi à partir de cinq indicateurs qui concernent le coût, la qualité et les conditions d’occupation du logement. La Belgique se retrouve en 5ème position dans le palmarès, elle a progressé de 2 places en un an.

Ses plus mauvais scores par rapport à la moyenne des 28 pays correspondent aux indicateurs suivants :

- L’effet de genre, soit le risque pour les femmes de connaître une privation sévère de logement par rapport aux hommes (25è).

- L’effet de l’âge ‘vieillissement’, soit le risque pour les personnes de plus de 65 ans de connaître une privation sévère de logement (21è).

- 10,4% de la population sont en ‘taux d’effort excessif’ (plus de 40% des revenus consacrés au logement – 18è), ce taux devient alarmant pour les ménages pauvres (42,6% - 23è).

- Les arriérés de loyers ou de remboursement d’emprunts immobiliers (13è)

- L’incapacité à conserver une température adéquate au logement (9è)

La Belgique obtient de bons scores dans les indicateurs suivants :

- Le surpeuplement du logement (1er)

- La privation sévère en matière de logement (3è)

- L’effet d’âge ‘jeunesse’, soit le risque pour les jeunes (20-29 ans) de connaître une privation sévère de logement (4è)

"En Belgique, l'exposition des ménages pauvres sur le marché du logement est l'un des plus élevés d'Europe: 55,8% des pauvres sont soit des locataires sur le marché privé ou avec des hypothèques à payer. Les ménages pauvres sur le marché locatif privé ont augmenté de 14,7% entre 2007 et 2014, ce qui montre que les pauvres sont de plus en plus exposés aux fluctuations du marché du logement. Cela met en évidence le besoin urgent d'une approche stratégique de l'offre et l'accessibilité du logement.

En ce qui concerne les autres pays de l'UE, le Luxembourg est en haut du tableau, mais sa performance est en partie expliquée par l’installation des ménages les plus pauvres de l'autre côté des frontières en Belgique et en France. Les pays nordiques ont une bonne position dans le classement, en raison de politiques traditionnelles de l'État providence et de normes culturelles et juridiques bénéfiques.La Finlande (3è) n'a pas seulement des politiques qui fonctionnent bien, mais au cours des dix dernières années, le pays s’est engagé dans une stratégie d'évaluation permanente pour améliorer l'efficacité de ses politiques. L’Irlande (2e) a réalisé un bond spectaculaire dans le classement, à la suite de sa reprise économique rapide après une chute des prix de l'immobilier et une vague de révision à la baisse du nombre de prêts bancaires. Le Royaume-Uni a fortement baissé dans le classement (20e, une chute de huit places), principalement en raison des compressions budgétaires des allocations de logement. Les Pays-Bas (7è) ont chuté de quatre places, une baisse expliquée en partie par le resserrement de la politique du logement social. La Grèce vient en dernière position, ayant été confrontée à une situation apocalyptique avec 95% de ménages pauvres (en dessous de 60% du revenu médian) en taux d’effort excessif en matière de logement. Cela décrit une situation où presque toutes les personnes pauvres voient leur stabilité et leur bien-être mis en danger par les dépenses liées au logement. En Grèce, comme dans les autres pays ayant subi les mesures d’austérité imposées par la Troïka, les coûts et les conditions de logement continuent d’empirer, et le droit au logement des populations continue d’être violé. Les différences entre les pays de l’Est et de l’Ouest européens s’expliquent principalement par le fait que la suroccupation est toujours un enjeu majeur en Hongrie, Croatie, Bulgarie, Pologne et Roumanie, où plus de 40% de la population totale vivent dans des logements surpeuplés.» (Cf. communiqué de presse de la Feantsa).